Histoire de Madagascar

République de Madagascar

Repoblikan'i Madagasikara

 recueillis par Robert ANDRIANTSOA (robertandriantsoa@yahoo.fr)

                    Données historiques

Description :

Comme par magie, l'île de Madagascar est apparue il y a 16 millions d'années, quand un morceau de l'Afrique du Sud s'est détaché.

Madagascar a bien des secrets à vous révéler. Entre une faune et une flore prodigieuse, c’est une île bordée par l’Océan Indien qui offre des panoramas paradisiaques et qui garde des coutumes et des traditions intéressantes. Bien plus que sur le plan géographique et climatique, Madagascar demeure une destination qui met en avant l’esprit d’aventure, un vrai parcours culturel en communion avec la nature. Sur la Grande Île, vous pourrez parcourir, à l’occasion d’un trekking par exemple, les grands parcs naturels ou encore les curiosités de la nature comme les Tsingy, et des lieux magiques comme les chutes de la Lili. Géographie, démographie, économie, politique, traditions, gastronomie, histoire… vous saurez tout de Madagascar !

Protohistoire et histoire du peuplement

L'île de Madagascar semble n’avoir été occupée par l’homme que très tardivement, autour du début de notre ère. Tout permet de penser que les premiers explorateurs étaient des navigateurs austronésiens originaires de l’actuelle Indonésie1. Plus précisément, les langues malgaches appartiennent au groupe dit « barito » des langues austronésiennes, également parlé dans la province de Kalimantan du sud-est de l'île de Bornéo2, ce qui signe la probable origine des premiers colons2, par exemple par les peuples dayaks de l’intérieur (comme les Ma’anyan)

Cette navigation des peuples malayo-polynésiens (ou nusantariens) dans l'océan Indien représente le pendant occidental d’un vaste mouvement de populations commencé depuis au moins le troisième millénaire avant notre ère dans l'océan Pacifique. Elle fut rendue possible grâce à une maîtrise précoce de l’art de la navigation, caractérisée notamment par l’utilisation des vaisseaux multicoques et des embarcations à balanciers. D’après les sources chinoises remontant aux premiers siècles de notre ère, les plus grands de ces vaisseaux pouvaient transporter un millier de passagers et des centaines de tonnes de marchandises. Ces premiers occupants asiatiques de Madagascar maîtrisaient la métallurgie, y compris celle du fer, la riziculture et le tissage de la soie. Outre le riz, ils transportaient avec eux nombre de plantes cultigènes d’Asie du Sud-Est comme notamment la banane, le cocotier, l'igname, le taro, la canne à sucre.

Il semble également que ces navigateurs indonésiens aient possédé des établissements sur les côtes africaines où commençaient à pénétrer des populations bantoues, venues de l’intérieur du continent. On a pu alors émettre l’hypothèse que l’introduction des plantes asiatiques a joué un rôle important dans l’explosion démographique à l’origine de cette expansion bantoue.

L’histoire de Madagascar durant le premier millénaire de notre ère nous est encore très mal connue. On peut seulement supposer que l’île joua un rôle important dans le commerce, notamment des épices, entre l’Asie du Sud-Est et le Moyen-Orient, directement ou via les côtes africaines. Le commerce des esclaves n’en fut pas non plus absent puisque d’une part, on trouve mention de la présence d’esclaves africains (zenj ou zandj) offerts par des Javanais à la cour de Chine au début du IXe siècle, et de l’autre, Madagascar même commença à connaître une africanisation de sa population. Cette présence africaine dans l’île ne semble cependant devenir massive qu’à partir du IXe siècle, sous l’impulsion du commerce musulman. Avec en effet l’arrivée de l'islam, les Arabes supplantent rapidement les Indonésiens des côtes africaines et étendent par la suite leur contrôle sur les îles Comores et certaines parties des côtes de Madagascar. Parallèlement, sous la concurrence conjointe des nouvelles puissances maritimes chinoises (Song) et sud-indiennes (Chola), les thalassocraties indonésiennes connaissent un déclin rapide, même si les Portugais trouvent encore des marins javanais à Madagascar lorsqu'ils y abordent au XVIe siècle. Tout ceci entraîna l’isolement relatif de Madagascar qui ne fut plus fréquenté, de l’extérieur, que par les commerçants musulmans.

Aujourd'hui, la population de Madagascar peut-être considérée comme le produit d'un métissage poussé entre premiers occupants Austronésiens et Africains, et dans une moindre mesure avec des navigateurs arabes. En terme génétique, le métissage est très fort, sauf parmi les populations Merina des Hautes Terres, où l'endogamie a préservé le phénotype indonésien. Mais la majorité des populations de Madagascar a une apparence physique assez africaine.

En terme linguistique, le métissage est moins marqué. Toutes les langues de l'île sont en effet austronésiennes, et le vocabulaire d'origine Bantou est très minoritaire (une trentaine de mots). Ce vocabulaire se retrouve particulièrement dans le domaine de l'élevage (avec des mots tels que omby, ondry et akoho), ce qui implique sans doute qu'une partie au moins des techniques d'élevages malgaches est d'origine africaine. Cette origine est logique, dans le mesure ou les navigateurs Austronésiens étaient plus des horticulteurs que des éleveurs, même s'ils élevaient quelques animaux, comme les chiens ou les poulets.

Les royaumes de Madagascar

C’est au cours des premiers siècles du second millénaire que semble véritablement se mettre en place les actuelles ethnies autochtones de Madagascar, avec leurs différences respectives. Les Merina comptent sans doute parmi les plus anciennement constitués puisque leurs plus anciens souverains dont les noms nous sont parvenus (Andrianerinerina, Rapeto) auraient régné aux environs du XIIe siècle.

* Une ethnie ou un groupe ethnique est un groupe humain possédant un héritage socioculturel commun, comme une langue, une religion ou des traditions communes. Elle est un concept important de l'ethnologie, mais sa pertinence est remise en cause par certains ethnologues.

* Dans les traditions historiques merina, le tout premier souverain de ce peuple qui avait établi sa résidence principale à Anerinerina, une localité des Hautes Terres de Madagascar que l'on a encore des difficultés à situer avec précision. Il est vrai que l'on ne sait pratiquement rien de ce roi dont l'existence conserve bien des aspects légendaires. Ainsi, on dit qu'il est d'origine divine et son nom même signifie « prince des hauteurs ».

* D'après les traditions merina, Rapeto est le fondateur du royaume de l'Imamo, situé dans la partie occidentale de l'Imerina, au centre de Madagascar. Rapeto qui résidait dans la région du lac Itasy aurait étendu son autorité sur l'ensemble du pays d'Émyrne. Il serait ainsi mort à Amoronkay, à la lizière de la forêt orientale et une localité des environs de Tananarive porte encore le nom d'Ambohidrapeto, la « ville de Rapeto ».

Étant donné l'époque réculée où il semble avoir vécu (vraisemblablement, vers le XIIe siècle), les récits concernant la vie de Rapeto se confondent avec la légende, faisant par exemple du personnage un géant à la force herculéenne, capable de traverser tout le pays Merina en quelques instants par de grandes enjambées.

Les premiers Européens qui découvrent l’île en 1500 sont les Portugais, sous la conduite de Diego Dias.

Diogo Dias : Probablement né avant 1450 et mort après 1500, Diogo Dias fut un navigateur et découvreur portugais.

Biographie

On ne sait que peu de choses le concernant, les sources historiques n'étant que peu explicites à son sujet. Ainsi, on ne sait toujours pas si le Diogo Dias mentionné comme étant le traducteur d'une lettre de 1465 envoyée par la chancellerie allemande à un certain Alfons V. est le même que l'explorateur. En outre, dans les différents écrits qui le concernent, ce dernier peut être appelé Diego, Pedro ou Pêro et son nom s'orthographier Diaz.

Ce qui est certain, c'est que Diogo Dias partit en août 1487 en tant que capitaine d'un vaisseau d'approvisionnement avec son frère Bartolomeu Dias vers le cap de Bonne-Espérance. Le pilote de ce vaisseau était João de Santiago, qui avait précédemment accompagné Diogo Cão dans son voyage au fleuve Congo.

En tant que chroniqueur et écrivain sur le vaisseau de Vasco de Gama, Diogo Dias participa à la découverte du chemin maritime du Portugal à l'Inde. Étant responsable des récents comptoirs de commerce portugais à Calcutta, il fut fait prisonnier par les autorités locales mais parvint à s'enfuir.

Il participa ensuite à l'expédition de Pedro Alvares Cabral vers l'Inde et faisait partie de l'équipe qui accosta en avril 1500 au Brésil actuel. En raison d'une forte tempête, son vaisseau fut séparé de la flotte de Pedro Alvarez Cabral en mai 1500 au niveau du cap de Bonne Espérance. Son bateau explora donc les eaux de l'océan Indien à l'entrée de la Mer Rouge.

Plus tard, il a peut-être été le premier Européen à découvrir autour de juillet 1500 les îles de la Réunion et Maurice, toutes deux à l'est de Madagascar. Jusqu'à leur départ en 1575, les Portugais utilisèrent ces deux îles comme stations de ravitaillement en eau et en provisions pour leurs bateaux en route pour Goa en Inde et Malacca dans l'actuelle Malaisie.

Il fut également le premier Européen à apercevoir Madagascar le 10 août 1500 qu'il appela l'île São Lourenço. Après cela, il retourna au Portugal en contournant le Mozambique, sur la côte est de l'Afrique. Au large de Cap-Vert, il tomba par hasard sur les quatre bateaux de la précédente expédition indienne de Pedro Alvares Cabral, qui était comme lui sur le retour.

La date exacte et le lieu de sa mort restent inconnus.

Mais c’est surtout à partir du XVIIe siècle que la présence européenne affecte de manière décisive le destin de l’île par l’introduction massive des armes à feu et le développement de la traite des esclaves. En 1665, Louis XIV tient à faire de Madagascar la base avancée de la Compagnie française des Indes orientales.

* La Compagnie des Indes orientales – plus précisément Compagnie française pour le commerce des Indes orientales – est une compagnie commerciale créée par Colbert en 1664 dont l'objet était de « naviguer et négocier depuis le cap de Bonne-Espérance presque dans toutes les Indes et mers orientales », avec monopole du commerce lointain pour cinquante ans.

Sa création avait pour but de donner à la France un outil de commerce international avec l'Asie et de concurrencer les puissantes Compagnies européennes fondées au XVIIe siècle, comme la Compagnie anglaise des Indes orientales et surtout la Compagnie hollandaise des Indes orientales. Cependant, la guerre d'usure avec les Hollandais puis le choc frontal avec les Anglais en Inde la conduiront à sa perte, après seulement un siècle d'existence.

La politique volontariste de Richelieu

L'arrivée de Richelieu au pouvoir en 1624 et la signature du traité de Compiègne avec les Provinces-Unies (Pays-Bas) qui reconnaît la liberté du commerce vers les « Indes occidentales et orientales » relance l'activité des Français en direction de l'Asie avec un double but, missionnaire et commercial. La route terrestre est explorée avec le réseau des frères capucins du Père Joseph et c'est un missionnaire – Pacifique de Provins – qui réussit à établir en 1628 des liens officiels entre la France et la Perse ouvrant par le golfe persique la route de l'Inde.

L'ordonnance royale de 1629, dite code Michau, encourage les Français à créer des compagnies de commerce à l'image des Hollandais et des Anglais.

À partir des années 1630, les Français s'intéressent au sud de l'océan indien et prennent possession de sites et de ports – notamment Fort-Dauphin et Port-Louis – à Madagascar et dans les Mascareignes (île Bourbon, île de France, île Rodrigues) ; La compagnie d'Orient est créée par lettre patente de juillet 1642 avec monopole de 15 ans sur Madagascar et les îles environnantes.

Au-delà de ces îles, la route des Indes est reprise par des missionnaires sous l'impulsion du jésuite Alexandre de Rhodes et de la Compagnie du Saint-Sacrement et qui privilégie la péninsule indochinoise.

En 1660, enfin est fondée la Compagnie de Chine, avec tous les puissants de l'époque, comme Mazarin ou Fouquet, souvent membres de la Compagnie du Saint Sacrement. Mais celle-ci se consacre exclusivement à des activités commerciales.

Création de la Compagnie

Une société organisée par Colbert

Imaginée par Colbert, elle est créée par la Déclaration du Roi portant établissement d'une Compagnie pour le commerce des Indes orientales signée par Louis XIV le 27 août 1664 et des lettres patentes enregistrées par le Parlement de Paris. Les statuts en font une manufacture royale avec tous les privilèges associés, en particulier exemption de taxes, monopole exclusif du commerce dans l'hémisphère oriental (auquel s'ajoutent au XVIIIe siècle les côtes ouest de l'Afrique (Sénégal, Guinée), garantie sur trésor royal, pouvoir de nommer des ambassadeurs, de déclarer la guerre et de conclure des traités. Elle est dotée d'un capital initial de 8,8 millions de livres et d'une devise : « Florebo quocumque ferar », (« Je fleurirai là où je serai portée »).

La Compagnie se voit définir des objectifs plus vastes que le suggère son nom et qui sont de trois ordres : le commerce, évidemment, et la lutte contre les produits anglais et hollandais ; la politique, en contribuant au développement d'une marine nationale et en affirmant la présence française sur les mers ; la culture et la religion : en propageant la civilisation française et en évangélisant les « païens ».

Son premier directeur nommé par Colbert est François Caron, un huguenot exilé ayant œuvré 30 ans au sein de la VOC. A partir de 1666, le port de Lorient nouvellement créé en devient le siège.

Les indiennes de coton, enjeu important pour Colbert[modifier]

Attentif à la question du textile, Colbert s'est intéressé aux efforts de ses prédécesseurs à l'époque d'Henri IV, pour développer la culture de la soie. Il sait que la communauté arménienne de Marseille, par ses liens avec l'Orient, importe des indiennes, ces cotonnades légères et fines, qui plaisent par leurs couleurs gaies.

La Compagnie des Indes orientales vise d'abord cette activité, alors que le commerce du poivre est dominé par la compagnie néerlandaise des Indes orientales. Lorsqu'elle prend son essor, de Pondichéry et Calcutta, 8 à 10 vaisseaux chargés de tissus arrivent annuellement à Lorient, port important dans l'histoire des indiennes de coton en Europe.

En 1669, Colbert crée le port franc de Marseille où des Arméniens s’installent à sa demande, pour apprendre aux Marseillais à peindre les cotonnades et les approvisionner. Mais à partir de 1671, il entre en demi-disgrâce auprès de Louis XIV et la guerre de Hollande de 1672 nuit à ses projets.

Les premiers succès dans le Sud de l'Océan indien[modifier]

Tout en échouant à créer une véritable colonie sur l'île de Madagascar (Fort-Dauphin), la compagnie réussit cependant à établir des ports sur l'île Bourbon et l'île de France, deux îles voisines, aujourd'hui la Réunion et l'île Maurice. Son capital est alors de 15 millions de livres (la famille royale en souscrit 3). Elle a pendant 50 ans le monopole du commerce entre le Cap Horn et le Cap de Bonne Espérance.

La guerre de Hollande en désorganise le fonctionnement. En 1682, la compagnie perd son privilège. En 1719, elle est absorbée par la Compagnie fondée par John Law.

 Il en résulte une augmentation des troubles et la mise en place de royaumes guerriers, fortement liés aux Européens, en particulier des pirates qui s’établissent dans de nombreuses régions. C’est notamment le cas du royaume sakalava, s’étendant sur la majeure partie du littoral occidental de l’île, sous l’égide des rois maroseraña, « aux nombreux ports ». Il en fut également de même sur la côte est de la confédération des Betsimisaraka, fondée au début du XVIIIe siècle par Ratsimilaho dont le père était un pirate anglais.

Pendant ce temps, d’autres royaumes se développaient à l’intérieur des terres. Les plus importants d’entre eux étaient, dans la partie sud, les royaumes betsileo et dans la partie nord, ceux des Merina. Ces derniers sont définitivement unifiés au début du XIXe siècle par Andrianampoinimerina. Radama Ier (régnant de 1810-1828), le fils et successeur de celui-ci ouvre son pays à l’influence européenne exercée principalement par les missions, et, grâce au soutien des Britanniques étend son autorité sur la majeure partie de l’île. C’est ainsi qu’à partir de 1817, le royaume merina devient pour le monde extérieur, le royaume de Madagascar.

ROYAUME DE MADAGASCAR

GENEALOGIE DES ROIS ET REINES QUI ONT REGNE A TANANARIVE (1794- 1897)

« Cette table généalogique a été dressée, sous Ranavalona II, par Andrianavalona, petit- fils de Tsimbazaha, personnage marquant du temps d'Andrianampoinimerina. Cet Andrinavalona conservait religieusement toutes les traditions. Razakandrainy, un vieux, encore vivant en 1900, confirma l'exactitude de cette généalogie », d'après le R.P Malzac dans son Histoire du Royaume Hova

ABREGE CHRONOLOGIQUE

1610 (vers) : ANDRIANJAKA s'empare d'ANALAMANGA qu'il débaptise ANTANANARIVO (la ville des mille). Il y a installe le ''Rova'' comprenant comme cases principales : « Masoandrotsiroa » et « Besakana ».

1630 (vers) : Mort d'ANDRIANJAKA. Il est le premier roi enseveli dans les « fitomiandalana », les sept tombeaux alignés des premiers souverains de TANANARIVE.

1630 : ANDRIATSITAKATRANDRIANA succède à ANDRIANJAKA, son père. Il encourage l'agriculture : la grande pleine Betsimitatatra est convertie en rizières.

1650 : ANDRIANTSIMITOVIAMINANDRIANDEHIBE succède à son père.

1675 : ANDRIAMASINAVALONA succède à son père.

1680 : Le roi fait construire « Besakana », deuxième cases royale du même nom.

1682 : Inauguration de la demeure royale « Besakana ».

1700 (vers) : ANDRIAMASINAVALONA crée de nouvelle castres. Ses quatre fils, ainsi que leurs descendants, sont rangés dans une caste portant son nom. Il la plaça au-dessus des quatre castes crées par RALAMBO et il créa également celle des ZANAKANDRIANA ou ZAZAMAROLAHY, composée de tous les descendants directs des princes qui n'ont pas exercé le pouvoir royal, ainsi que tous les parents des rois régnant. Celle-ci est placée au-dessus des cinq autres.

1710 : A la mort du roi ANDRIAMASINAVALONA, le royaume est partagé entre quatre de ses fils : ANDRIATSIMITOVIAMINANDRIANJAKA gouverne à AMBOHIMANGA ; ANDRIATOMPONIMERINA à AMBOHIDRATRIMO ; ANDRIANAVALONIMERINA à AMBOHITRABIBY ; ANDRIANJAKANAVALOMANDIMBY à TANANARIVE.

1727 : ANDRIANAMPOINIMERINA succède à ANDRIANJAKANAVALOMANDIMBY sur le trône de TANANARIVE

Andrianampoinimerina (1787 - 1810) Andrianampoinimerina (1787-1810) : A la fin du XVIII ème siècle, le prince RAMBOASALAMA, fils de la princesse RANAVALONANDRIAMBELOMASINA et ANDRIAMIARAMANJAKA (Roi de Kaloy), petit-fils d’ANDRIAMBELOMASINA (Roi d’Ambohimanga), lui-même petit-fils d’ANDRIAMASINAVALONA (Roi d’Antanananiarivo), est né en 1740 à Kaloy. Selon la légende, le roi régnant à l’époque de l’enfance de RAMBOASALAMA, prit conscience que son règne allait prendre fin. Ainsi, il décida de partager entre ses descendants sa fortune. Ses nombreux trésors furent rassemblés dans la salle de trône et ses enfants et petits-enfants furent conviés à choisir parmi les bijoux, pierres précieuses, or et bien d’autres encore… Tous s’empressèrent de prendre les plus beaux trésors hormis RAMBOASALAMA. A l’écart du groupe, il trouva et pris un pot de terre posé discrètement au coin de la pièce. Tout le monde se figea, le roi sourit et déclara à l’assemblée : « Ainsi donc, la terre lui appartient et sera mon héritier … » A la mort du roi ANDRIAMBELOMASINA, son fils ANDRIANJAFY monta sur le trône et désigna comme successeur légitime, son propre fils, allant à l'encontre de la volonté de son défunt père (qui désigna RAMBOASALAMA comme successeur). Celui-ci accéda au trône d’Ambohimanga en 1787, grâce à un coup d’Etat mené de main de maître avec l’appui des Hova d’Avaradrano (les Tsimafotsy d’Ambohimanga ) selon la volonté du roi défunt. Il prit alors le nom d’ANDRIANAMPOINIMERINA (dit Nampoina) qui signifie "Prince désiré par l’Imerina" ou encore "Prince cher au cœur d’Imerina". Dès son arrivé au pouvoir, il mit fin à la guerre civile et restaure l’unité de l’Imerina. Il devient après trois campagnes successives, maître d’Antanananiarivo en 1794 et lui donne son nom actuel, Antananarivo (qui devint la capitale de son royaume). Il institue les "douzes collines sacrées de l’Imerina", en plaçant chacune d’elles sous l’autorité de l’une de ses nombreuses épouses (par alliance politique). Son célèbre précepte géopolitique "Ny ranomasina no valam-parihako" (qui signifie littéralement "la mer est la limite de ma rizière" soit "la mer est ma frontière") était motivé par le souci de maîtriser les routes commerciales et par l’impératif stratégique de porter au plus loin de sa capitale les frontières de son royaume. Grand administrateur, il créa des lois (justice, réglementation des marchés pour favoriser le commerce, construction des digues …) organisant le cadre de vie quotidienne du peuple. D’ailleurs, certaines dispositions de la législation civile d’ANDRIANAMPOINIMERINA ont été reprises par la législation actuelle. Il laissa le souvenir d’un roi sage, grand conquérant et fin stratège : il fit de l’Imerina une grande puissance étendue sur la majeure partie du territoire malgache. Son règne exceptionnel restera gravé dans les annales de l’Histoire des Rois et des Reines de Madagascar ; ainsi que dans la tradition orale transmise de génération en génération. Il meurt en 1810 laissant la place à son fils RADAMA I.

Radama 1er (1810 - 1828) Radama 1er (1810-1828) : Radama Ier (v. 1793 - 27 juillet 1828) est un souverain du royaume Merina, devenu ensuite le premier souverain du Royaume de Madagascar. Radama ou Laidama qui naquit à Ambohimanga vers 1793 était le fils cadet du roi Andrianampoinimerina, lequel le préféra à son frère aîné Ramavolahy pour lui succéder. Très tôt en effet, son père remarqua ses qualités de meneur d'hommes, au point qu'il n'hésita pas à lui confier le commandement de la première expédition contre le royaume d'Andrantsay, dans le futur Vakinankaratra, alors qu'il était encore adolescent. Aussitôt sur le trône, après le décès de son père en 1810, Radama dut mener plusieurs expéditions victorieuses contre les Bezanozano, les Sihanaka et des principautés betsileo qui, pensant pouvoir profiter de son inexpérience politique, tentèrent de retrouver pleinement leur indépendance. La preuve était donc faite que l’hégémonie merina était solide et il ne restait plus à Radama qu’à chercher les moyens d’accomplir le testament politique de son père, lui enjoignant de « faire de la mer la limite de ses rizières » (Ny ranomasina no valamparihiko). Autrement dit, d’étendre son autorité jusque dans les régions côtières afin de pouvoir traiter directement avec les puissances européennes. L’occasion de passer à l’action allait lui être fournie par le Royaume-Uni lui-même. En effet, lors de la signature du Traité de Paris de 1814, la question de la possession de Madagascar par les puissances européennes avait été laissée en instance. Ceci incita Robert T. Farquhar, le gouverneur britannique de l’île Maurice à chercher l’alliance d’une puissance locale pour l'aider à contrecarrer les ambitions françaises. Ayant compris alors que le royaume merina avait seul la possibilité de répondre à ses attentes, il dépêcha auprès de Radama des missions pour le convaincre de prendre possession des principautés de la côte est, pour la plupart tenues en main par des Malato proches de la France et dont la principale activité économique semble avoir été le commerce des esclaves. Ceci paraissait d’autant plus légitime à Farquhar que le Royaume-Uni avait aboli la traite négrière et s’était donnée pour mission d’empêcher les autres nations européennes de poursuivre cette pratique. C’est ainsi que Radama se rua à la tête de ses troupes sur la côte est pour neutraliser partout la résistance des chefs locaux. Ensuite, le 23 octobre1817, il signa avec les émissaires britanniques un accord où, en échange de l’abolition du commerce des esclaves avec les Européens, il recevait une assistance pour moderniser son royaume. Il était en outre reconnu d’avance comme le roi de tout Madagascar. Depuis lors, malgré un malheureux contretemps dû à l’absence momentanée de Robert Farquhar dont les engagements n’avaient pas été respectés par son remplaçant, Radama pouvait s’assurer du soutien britannique pour l’aider à accomplir ses grands desseins. Pour répandre l’éducation européenne parmi ses sujets, il mit à contribution les missionnaires protestants qui s’installèrent à Tananarive pour ouvrir des écoles (la première commença les cours le 8 décembre 1820 au palais même !) et, par la suite, introduire l’imprimerie. À cette occasion, le 26 mars 1823, il décréta les règles de l’orthographe de la langue merina (devenu le « malgache » pour les Européens) en caractères latins. Il pouvait d’autant plus participer lui-même directement aux travaux avec les missionnaires qu’il maîtrisait l’écriture arabico-malgache (sora-be) depuis longtemps et pouvait aussi communiquer en français (et un peu en anglais). Cependant, en dépit de son étroite collaboration avec les missionnaires, Radama lui-même n'avait adhéré et n'adhèrera jamais à leurs enseignements religieux et, de son vivant, aucun de ses sujets ne s'était ouvertement converti au christianisme. Tout ce qu'il recherchait auprès des Européens était la diffusion de leurs « connaissances profanes ». Outre l’éducation de base, Radama fit aussi venir nombre d’artisans européens pour ouvrir des écoles professionnelles. Le Roi tenait tellement à encourager le développement de l’enseignement que, à l’occasion, il n’hésitait pas à faire passer lui-même les examens et offrir des récompenses aux plus méritants. Si bien qu’en une dizaine d’années à peine, le nombre des élèves passés par les bancs de l’école durent dépasser 20 000 en Imerina. Plusieurs dizaines d'étudiants furent même envoyés à l'île Maurice et au Royaume-Uni pour poursuivre leurs études. Entre 1817 et 1820, les troupes de Radama Ier subissent de lourdes pertes (25 000 hommes, soit un homme sur trois, selon la tradition, lors de la deuxième campagne contre le Menabe), ce qui conduit le roi à moderniser son armée qui devient la meilleure de l’île jusqu’à l’invasion française. En 1820, Radama Ier renouvelle le traité avec les Britanniques, et reçoit l’assistance de trois sergents étrangers promus généraux : James Hastie, un Ecossais de l’armée des Indes, Brady, un mulâtre de Jamaïque et Robin, un Français déserteur de la Réunion. Il réduit les effectifs à 15 000 soldats et instaure un double système de recrutement : le volontariat, réservé aux plus riches qui peuvent acheter un fusil et un équipement moderne importé ; la conscription dans certaines provinces, permettant de mobiliser 50% des hommes valides et de renouveler régulièrement les effectifs. Il institue une fiscalité nouvelle imposant les civils (borizano, de bourgeois) et une taxe annuelle. Il fait importer des fusils récents datant des guerres de la Révolution et de l’Empire, des canons et même des chevaux. Il instaure une hiérarchie en dix grades (voninnahitra) et un règlement militaire strict. Avec l'aide des instructeurs européens et son armée à modernisée, il put bientôt multiplier les campagnes pour obliger les autres souverains de l’île à reconnaître son autorité, afin notamment qu'ils s'abstiennent désormais de traiter directement avec les puissances extérieures. Les seuls princes qui réussirent à s’y soustraire furent ceux des Tanala de l’Ikongo, au territoire enclavé dans la forêt, ceux du pays bara et des régions semi-désertiques de l’extrême-sud, et enfin ceux de l’Ambongo, région également très peu peuplée, sans beaucoup d’intérêt stratégique. Autant dire que l’essentiel de Madagascar, et en particulier tous les ports présentant quelques intérêts, étaient tombés sous son contrôle. Malheureusement, suite à des infections contractées lors de ses multiples expéditions dans les régions insalubres du littoral, selon les uns, d'excès d'alcool (dans un état de delirium tremens), selon les autres, Radama mourut subitement à Antananarivo le 27 juillet 1828, à l’âge de 36 ans. En l’absence d’un héritier direct susceptible de prendre sa succession, c’est son épouse que l’on fit monter sur le trône sous le nom de Ranavalona 1ère.

Ranavalona 1ère (1828 - 1861) Ranavalona 1ère (1828-1861) : Rabodonandrianampoinimerina est née entre 1788 et 1790 d'une cousine du roi Andrianampoinimerina et fut ensuite adoptée par Ralesoka, sœur aînée de ce dernier. C'est à ce titre qu'elle est devenue la détentrice de la légitimité royale qu'elle se devait de transmettre par sa descendance. Andrianampoinimerina en fit donc l'épouse principale de son fils et successeur immédiat, Radama Ier. Malheureusement, au moment de la disparition prématurée de celui-ci en 1828, le couple ne disposait pas encore d'héritier. Afin de surmonter la crise de succession qui en a résulté, les fidèles d'Andrianampoinimerina décidèrent de mettre Rabodonandrianampoinimerina elle-même sur le trône. Pour éviter ensuite la guerre civile, les autres prétendants se virent systématiquement éliminés ou durent s'exiler à l'étranger. Elle poursuit, avec moins de succès que ses prédécesseurs, l’expansion territoriale de son royaume et mène de nombreuses expéditions pour pacifier les territoires conquis, tel le Ménabe méridional, le Boina et les régions du nord-est de l’île. Fervente nationaliste, elle combat l’influence étrangère, notamment celle des missionnaires chrétiens dont les fidèles sont martyrisés. La puissance de certaines castes s’accroît, comme celle des andriana de la famille royale et celle des chefs militaires hova. Dans un premier temps, Ranavalona chercha à poursuivre l'œuvre de modernisation du royaume commencée par son prédécesseur. Très vite cependant, elle dut faire face à l'hostilité des Français qui, en 1829, entreprirent par l'intermédiaire de l'Amiral Gourbeyre d'attaquer divers points de la côte orientale de l'île. Cette agression inopinée aiguisa la méfiance de la reine contre les ambitions européennes. Et d'autant plus que l'œuvre d'évangélisation des missionnaires britanniques, installés au cœur du royaume depuis 1820 commençait à porter ses fruits. Redoutant par-dessus tout la perte de l'indépendance pour son pays, elle dénonce le traité anglo-malgache de 1820 et demanda donc aux Britanniques de renoncer à la propagation religieuse pour se contenter des travaux d'éducation auxquels elle tenait beaucoup. Mais ces derniers refusèrent et, en 1835, la reine les fit expulser de l'île, se contentant de recourir à la contribution de techniciens indépendants, tel notamment que l'aventurier Jean Laborde, pour l'aider à poursuivre les travaux de modernisation. Celui-ci accomplit sans l’aide d’aucun technicien une œuvre considérable, en dotant Madagascar d’une industrie métallurgique et chimique et en introduisant un grand nombre de nouveautés techniques. Pour contrebalancer l’influence européenne, les dirigeants malgaches envisagent des contacts entre le port de Majunga et Zanzibar. Par la suite, pour essayer d'éradiquer le christianisme dans lequel elle distinguait avant tout le moyen d'infiltration au service des ambitions coloniales européennes, elle pourchassa les autochtones convertis, considérés comme des traîtres à la patrie (mpivarotra tanindrazana1849: Miala amiko ka mba ialako, mahafoy ahy ka mba foiko! (Ils (les chrétiens) m'ont reniée [en tant que symbole vivant de leur patrie], aussi je les renie; ils ont renoncé à moi, je renonce à eux!). littéralement « vendeurs de la terre ancestrale »). Sous Ranavalona Ire, le royaume Merina continua donc à se moderniser tant bien que mal, tout en poursuivant la consolidation de son statut en tant que Royaume de Madagascar. Des nouvelles régions côtières furent soumises, afin notamment d'empêcher les Français de s'y établir. En 1845, ses troupes durent même repousser des attaques conjointes des marines françaises et britanniques, ce qui l'obligea à fermer davantage encore l'île au commerce européen durant une dizaine d'années. Malheureusement, ces campagnes ne manquèrent d'affecter lourdement les maigres ressources du royaume, que ce soit du point de vue financier ou en hommes. Entre autres conséquences, il en a résulté un développement du commerce interne des esclaves (et clandestinement, également externe par l'intermédiaire des trafiquants swahili et arabes!). Ceci entraîna un afflux considérable de déportés étrangers jusqu'au cœur du pays merina, à l'origine ensuite du développement de la communauté des Mainty. A bien des égards, Ranavalona Ire sut donc se montrer la digne continuatrice de l'œuvre d'Andrianampoinimerina et de Radama. Du point de vue national, elle apparaît comme une grande souveraine, symbole même du patriotisme et de la fierté nationale (on a aussi retenu d'elle cette phrase, en réponse aux prétentions méprisantes des missionnaires chrétiens: ny fomban-drazako tsy mba mahamenatra ahy na mampatahotra ahy! (je ne ressens ni honte ni crainte au sujet des coutumes de mes ancêtres!). On comprend dès lors pourquoi dans l'historiographie coloniale, on la présente à tort, c'est selon, comme un symbole d'obscurantisme et de cruauté, en voulant plus particulièrement aux Européens et aux Chrétiens. La reine Ranavalona fait préparer un dictionnaire anglais-malgache. L’école de langue compte 40 élèves qui joueront un rôle diplomatique de premier plan dans la seconde moitié du siècle. Ranavalona Ire était la mère de Radama II, qui lui succéda à sa mort en 1861.

 Radama II (1861 - 1863) Radama II (1861-1863): Né le 23 septembre 1829 au palais d’Imasoandro (Antananarivo), le prince RAKOTOSEHENO-dRADAMA (appelé aussi RAKOTON-dRADAMA) est le fils de la reine RANAVALONA I et de son deuxième époux, le général ANDRIAMIHAJA (premier ministre en 1828). La reine le présenta comme le fils du roi RADAMA I, bien qu’il soit né quatorze mois après la mort de celui-ci. De ce fait, il est déclaré héritier légitime du Royaume, le 8 octobre 1860, à Andohalo. Le 23 septembre 1861, à la mort de la reine, le Prince héritier RAKOTO est couronné roi à Mahamasina, sous le nom de RADAMA II. Un traité d’amitié franco-malgache, signé avec Napoléon III, le reconnaît « Roi de Madagascar ». Par la suite, d’autres traités signés avec la Grande-Bretagne et les autres puissances européennes, en font de même. Son couronnement est un souffle d’espoir pour ses sujets, qui étaient usés par les années de privation et de répression marquant la dernière période du règne de RANAVALONA I (qui dut faire face à de nombreux complots contre son pouvoir). A son avènement, le français Jean Laborde revient de son exil réunionnais et est nommé Consul de France. RADAMA II permet également aux missionnaires de revenir au pays grâce à un édit royal autorisant la liberté religieuse. Fortement influencé par ce dernier, RADAMA II veut se montrer comme un roi clément et libéral : - Il abolit la peine de mort et décrète une amnistie générale. - Les corvées (telle que le fanompoana, travaux non rémunérés pour le compte de l’Etat et de la collectivité) sont supprimées. - La durée de service militaire est réduite, certains captifs sont libérés. - Les portes du Royaume sont ouvertes sans restriction aux Européens. Les coutumes et institutions traditionnelles deviennent prohibées, contrairement à la culture européenne, qui est une marque de « civilisation ». - Il proclame également la liberté de culte. Ces grandes réformes provoquent de nombreux troubles et un sentiment d’insécurité au sein du pays ; l’anarchie est déclarée. Roi libéral, il supprime corvées et privilèges et autorise aux étrangers d'accéder à AMBOHIMANGA, site jusqu'alors sacré. Cette période de paix permet aux missionnaires de lancer de vastes constructions afin de faire oublier les années noires de la période précédente. Les persécutions de la reine avaient soulevé une vive émotion en ANGLETERRE, ce qui permis à la L.M.S. ( London Missionary Society )de collecter des fonds pour la constructions d'édifices religieux, notamment les quatre "MEMORIAL CHURCHES" ou temples commémoratifs, idée lancée par le chef de la Mission, arrivé en 1862, le pasteur ELLIS. La première route circulaire, faisant le tour de la colline d'ANALAMANGA (colline du ROVA), est alors inaugurée sous son règne. Cependant, les travaux urbains menés par le nouveau Roi seront peu nombreux, (puisque son règne sera de très courte durée). Jean Laborde parvient également à faire signer par le jeune souverain (qui se passa de consulter le premier Ministre RAINIVONINAHITRINIONY et les autres notables) une charte accordant à Joseph Lambert, aventurier français, un droit d’exploitation exclusif de tout le nord de Madagascar. Dès lors, les ambitions coloniales s’affichaient ouvertement. Le gouvernement considère cette décision comme une traîtrise : les ressources de la moitié du territoire national sont cédées aux puissances financières occidentales ; et l’indépendance du pays est largement compromise. De plus en plus indifférent aux affaires du royaume, le roi refusa de revenir sur sa décision, préférant se consacrer aux amusements avec ses fidèles « menamaso » (« les yeux rouges »), ses compagnons d’orgie et tombant ainsi dans la débauche. Le premier ministre et tous les notables du palais résolurent d’éliminer tous les « menamaso ». Et le roi se fait étrangler le 11 mai 1863 (il sera assassiné au ROVA, dans un petit pavillon). Cette disparition brutale est un moyen de dénoncer la charte Lambert et de préserver l’indépendance du pays (contre les faiblesses du roi laxiste et les désirs coloniaux occidentaux). Toutefois, le système monarchique fut profondément ébranlé ; de nombreuses révoltes éclatèrent, conduites par des individus se prétendant être RADAMA II lui-même, ayant échappé miraculeusement à son assassinat. Roi traître à son pays, incompétent et influençable, il fut considéré comme le piètre descendant d’une grande lignée de souverains majestueux : il n’est plus que « RADAMA nanjaka-tapany », celui qui n’a « régné qu’à moitié ». Il fut inhumé à la sauvette dans sa propriété d’Ilafy et son nom fut effacé de la liste officielle des souverains de Madagascar. Toutefois, ayant servi les intérêts coloniaux français, ceux-ci cherchèrent longtemps à le réhabiliter, en faisant de lui le « prince de la renaissance malgache ». 

Rasoherina (1863 - 1868) Rasoherina (1863-1868) : La princesse RABODOZANAKANDRIANA, est la fille d’ANDRIANTSALAMA (Ambohitraina) et de la princesse RAFARAMANJAKA, deuxième fille d’ANDRIANTSALAMANJAKA (Ambatomanoina) et de la princesse RABODONANDRIANTOMPO (Ambohimanga). Elle fut couronnée avec son mari (et cousin) le roi RADAMA II le 23 septembre 1862. Proclamée comme reine régnante après la mort de ce dernier le 12 mai 1863 et couronnée à Andohalo (Antananarivo), le 30 août 1863, elle devient la reine RASOHERINA.Intronisée Reine à ANDOHALO, elle poursuit l'action menée par son défunt mari Radama II, en maintenant l'ouverture du pays sur l'EUROPE mais rétablit l'interdiction aux étrangers d'accéder à AMBOHIMANGA. Elle dut épouser pour la circonstance le Premier Ministre RAINIVONINAHITRINIONY (1863-1865) et chef des Hova d’Ilafy (Tsimiambolahy), qui était premier ministre depuis 1852 sous le règne du roi RADAMA II. Devenu impopulaire par sa politique de redressement, RAINIVONINAHITRINIONY fut dans l’obligation de céder la charge de commandant en chef de l’armée à son jeune frère RAINILAIARIVONY en juillet 1864. En février 1865, il fut accusé de comploter contre la Reine RASOHERINA et perdit sa fonction de premier ministre. Il fut exilé à Ambohimandroso, au pays Betsileo et y mourut le 5 mai 1868. Son frère RAINILAIARIVONY devient l’époux de la Reine RASOHERINA, union politique et protocolaire qui servira de modèle aux règnes suivants. Un an après le début du règne de la reine RASOHERINA, trois missionnaires anglais, POOL, SIBREE et PARRET, rejoignent CAMERON et LABORDE en tant que maîtres d'œuvres. Leur influence sera très importante pendant près de vingt ans. Le style "anglais" sera ainsi très largement employé, notamment pour les maisons bourgeoises. Dès 1866, les missions catholique, luthérienne et norvégienne s'installent à leur tour, non sans frictions entre ces différents congrégations. Il en résultera une prolifération d'édifices cultuels, en ville et dans sa périphérie. L'architecture des ces édifices rappelle alors les origines culturelles des différentes congrégations. Les malgaches se souviennent aujourd'hui de la reine Rasoherina pour avoir envoyer des ambassadeurs à Paris et Londres et pour avoir fait interdire les marchés le dimanche. Les seules dates qui marquèrent le règne de RASOHERINA furent : - Le 30 juin 1865, elle signe un traité avec le Royaume-Uni donnant aux citoyens britanniques le droit de louer et posséder des terres sur l'île. - Le 22 janvier 1867 l'inauguration, après trois années de travaux, du Temple d'AMBATONAKANGA (architecte : SIBREE), premier grand édifice en pierre de la ville. Il faut également signaler l'inauguration au ROVA, la même année du Palais de MANAMPISOA (architectes : POOL et CAMERON). - Le 27 juin 1865, signataire d’un traité anglo-malgache (traité de paix, d'amitié et de commerce). Le 14 février 1867, signataire du traité américano-malgache (de commerce et d'amitié). La Reine RASOHERINA est morte le 2 avril 1868 (sans laisser de descendance...)

Ranavalona II (1868 - 1883) Ranavalona II (1868-1883) : La reine Ranavalona II succéda à la reine Rasoherina, sa cousine, après son décès survenu le 1er Avril 1868. Ses quinze ans de règne introduisirent différentes innovations dans la vie quotidienne des Malgaches qui perdurèrent jusqu'à nos jours comme, par exemple, l'abandon par la royauté des croyances religieuses ancestrales, jadis le fondement du pouvoir politique. Ranavalona II est née en 1829 sous le nom de Ramoma dans le palais d'Ambatomanoina, quartier de Masombahiny. Elle est la fille du prince Razakaratrimo qui était prince d'Ambohitrambo de par sa femme. Sa mère, la princesse Rafarasoa Ramasindrazana était la fille de la sœur d'Andrianampoinimerina, ce qui lui conférait la légitimité du pouvoir, selon la règle de succession érigée par le grand roi. Elle appartenait à la dynastie Merina. On lui donna comme époux le premier ministre Rainilaiarivony, fils de Rainiharo et de Rabodomiarana, car il était le représentant des Hova. Il épousa successivement les trois femmes régnantes : Rasoherina, Ranavalona II, et Ranavalona III. Il était premier ministre de Madagascar entre 1864 et 1895. Ranavalona II n'a pas eu de descendant, mais ses frères Ramboasalama, Ramahatrarivo, et Ramonjamanana jouissaient d'une nombreuse postérité. Dès avant son accession au trône Ramoma s'était déjà convertie au christianisme. C'était une femme active et intelligente. Dès qu'elle fut nommée reine, elle n'oublia pas d'envoyer aux missionnaires de la London Missionary Society (L.M.S.)[5] travaillant à Madagascar une lettre de réconfort en leur promettant qu'elle ferait le nécessaire pour les aider. La nuit de la veille de son couronnement, elle pria en privé avec le premier ministre et les pasteurs Andriambelo, Andrianaivoravelona, Rainimanga Rahanamy, Ratsilainga, et Rainitavy--tous de grands pasteurs mûris par la persécution--pour placer entre les mains de Dieu la lourde charge qu'elle allait entreprendre. Le 3 septembre 1868, sur la place d'Andohalo, eut lieu le couronnement de la princesse Ramoma, sous le nom de Ranavalona II, la première à se faire couronner en tant que reine chrétienne à Madagascar. À la place des idoles royaux, la population vit une Bible à la portée de sa main, placée sur une table, tandis que trois pasteurs, dont Andriambelo, l'assistèrent. Sur les quatres côtés du baldaquin où se tenait la reine, étaient écrits en lettres d'or le texte biblique de Luc 2 v.14: Sur le côté sud: "Voninahitra any ny Andriamanitra amy ny Avo Indrindra" (Gloire à Dieu dans les lieux très hauts); sur le côté ouest: "Fiadanana amy ny tany" (Et paix sur la terre); sur le côté nord : "Fankasitrahana amy ny olona" (parmi les hommes qu'il agrée!); sur le côté est: "Andriamanitra no antsika" (Dieu est avec nous). Lors de son avènement, Ranavalona II promulgua le Code des 101 articles, qui stipula entre autres que la pratique religieuse était désormais libre dans son royaume. Elle abrogea tout ce qui, dans les anciennes coutumes, était en contradiction avec les principes généraux de la morale chrétienne, comme la polygamie. Elle publia un décret rendant obligatoire l'éducation des jeunes, y compris des jeunes filles, jusqu'à l'âge de quatorze ans. Cela favorisa l'extension de la scolarisation jusqu'à la région du Betsileo et dans les différents milieux sociaux entrepris par les missionnaires de la L.M.S. Son règne fut marqué par de grands événements historiques qui relancèrent le christianisme à Madagascar, après la longue période de persécution des chrétiens sous Ranavalona I (1835-1861), qui n'était autre que sa tante. Il laissa une lourde empreinte dans le changement des mœurs malgaches pour adopter une morale plus chrétienne dans la société ; pas une seule vie humaine ne fut supprimée par sentence énoncée par la reine seule. La reine Ranavalona II faisait beaucoup pour asseoir la religion chrétienne dans le pays. Durant toute l'année 1869, le pouvoir se lança dans la destruction des sampy (idoles)--à commencer par ceux du souverain--puis ordonna la liquidation collective de ces talismans que détenaient les familles et les clans. La religion protestante gagna du terrain parmi les dignitaires du régime et dans la population dans son ensemble. Ainsi, le dimanche 29 février 1869, la reine et son époux, le premier ministre Rainilaiarivony furent baptisés par le pasteur Andriambelo, à Imanampisoa, une des maisons royales bâties dans l'enceinte du palais. L'assistance, qui comprenait la famille royale, les dignitaires du royaumes, ainsi que les dirigeants des églises à Antananarivo et même le pasteur Andriambelo qui la baptisa était émus, les larmes aux yeux, en voyant la reine faire sa promesse devant Dieu, au cours du sacrement, que Dieu serait son seul maître jusqu'à sa mort. Le baptême d'une reine aurait été inimaginable dix années auparavant. Leur mariage fut aussi célébré religieusement en même temps. Ils devinrent membres de la Sainte Cène, le 4 juillet 1869, après quatre mois d'études du catéchisme. Ranavalona II oeuvrait pour l'évangélisation en versant tous les ans, à l'occasion de Noël, de fortes sommes au trésor de l'église protestante pour l'entretien des neufs paroisses à Antananarivo et de leur filiales dans les zones rurales aux alentours. Sa contribution permettait d'envoyer des évangélistes dans des régions non encore atteintes par le christianisme. En juin 1868 la reine Ranavalona II promulgua une loi qui permit de construire en pierre et en brique, alors que jusque-là, les résidences étaient en matériaux "vivants" ou périssables comme le bois ou le bambou. Le Rova (le palais) et toute la ville changèrent de physionomie. La façade extérieur du Rova fut aussi recouverte de pierre. Dans la capitale, entre 1867 et 1870 furent inaugurés les temples encore appelés trano vato ("construits en pierre"), dédiés au souvenir des martyrs à Ambatonakanga, à Ambohipotsy (Rasalama, martyr), à Faravohitra (des martyrs mis au feu), et à Ampamarinana (ceux précipités dans les ravins). D'autres furent construits en brique, dans la ville même, dans tout l'Imerina et le pays Betsileo. Du point de vue urbain, le règne de Ranavalona II modifia considérablement le paysage de la ville, faisant apparaître des constructions de plus en plus massives et résistantes. Le monument le plus important laissé à la postérité par Ranavalona II fut le temple d'Anatirova (le Temple du Palais), construit en pierre, dont l'architecture était conçue par William Pool, missionnaire de la L.M.S. et qui en dirigea aussi les travaux de construction. La première pierre fut posée le 20 juillet 1869. Ce temple inauguré le 8 avril 1880 marquait aussi une véritable révolution dans la conception de l'espace des Malgaches. Le règne de Ranavalona II fut marqué par une occidentalisation rapide du pays grâce, notamment, à une intense coopération avec les missionnaires britanniques. Cette occidentalisation conduisit aussi à l'adoption d'un Code des 305 articles, paru en 1881, qui abolit la polygamie et de manière plus générale, réglementa l'ensemble de la vie politique et sociale des Malgaches. Elle poursuivit également la politique de sa cousine et prédécesseur, la reine Rasoherina, en interdisant le commerce de l'alcool et celui des esclaves. Ranavalona II mourut quelques mois plus tard, le vendredi 13 juillet 1883, à l'âge de 54 ans. Le lundi 16 juillet, on emmena sa dépouille mortelle au Temple du Palais, dans l'enceinte même du palais, pour un culte d'actions de grâce. Sa cousine Ranavalona III lui succéda et régna entre 1883 et 1896. Elle était la dernière reine de Madagascar avant l'occupation française, le 6 août 1896, date à laquelle Madagascar est déclaré colonie française.

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Commentaires (21)

1. endadyCen (site web) dimanche 09 Septembre 2012

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Date de dernière mise à jour : mercredi 03 Octobre 2012

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